29/07/2007

L'ILE DU LEVANT

Un article dans le journal du dimpanche de ce jour :

 

Dimanche 29 Juillet 2007

La vérité toute nue du Levant

Par Benoist SIMMAT, envoyé spécial à Hyères
Le Journal du Dimanche

>> L'île du Levant, au large des côtes varoises, est un refuge. La philosophie originelle du site définit le naturisme comme un élément essentiel au repos du corps, qui dépayse et séduit les nouveaux venus. Si la cohabitation avec les gens vêtus est amicale, la concurrence est rude et l'économie en pâtit. L'île envisage donc de changer ses habitudes, au risque de perdre ses charmes.

Le bateau n'a pas quitté l'embarcadère de deux encablures pour repartir que... hop! les maillots tombent, les pagnes s'envolent. Un sein apparaît, puis une fesse, puis tout le reste. Sur le ponton d'accueil de l'Ile du Levant, un petit groupe de naturistes brandit ses "textiles" au-dessus de la tête afin de saluer à sa manière la navette qui repart vers Hyères (Var). "Ça ? Ben ça s'appelle L'Adieu au Levant", lance une adepte, appuyant l'importance de cette tradition locale consistant à quitter la civilisation des vêtements. Pour quelques semaines de vacances au moins.

Bienvenue chez les "culs-nus", comme ils se nomment eux-mêmes. L'Ile du Levant est un petit royaume du naturisme mondial depuis... 1932. Mais attention: rien à voir avec les camps de nudistes de la côte. Ici, les "textiles", autrement dit les "culs-blancs", sont acceptés depuis toujours; même si la pratique du nudisme est chaudement "recommandée". "Ce n'est pas un ghetto", précise Sandrine Besson, 44 ans, une belle quadra ayant quitté une carrière parisienne pour vivre ici en pratiquante convaincue: brushing, maquillage, mais habillé d'un simple collier de coquillages, plus un sac à main.

"Cruchot" au boulot

Et aussi, parfois, un pagne. C'est l'originalité: les naturistes doivent en certaines circonstances se couvrir. Car le site, dès l'origine, possède des zones naturistes, "textiles" ou mixtes. Un vrai casse-tête. Sur la célèbre plage des Grottes, être "à poil" est obligatoire, comme le définit un très sérieux arrêté municipal de la ville de Hyères (dont dépend administrativement l'île). Mais tout naturiste qui en revient passe par le "port" (le petit débarcadère), zone administrée par le Conseil général, où être nu est théoriquement un acte d'exhibitionnisme. Vingt mètres plus loin, la longue "montée de l'Ayguade" est, elle, mixte: culs-nus et culs-blancs peuvent cohabiter, avant d'arriver sur la placette du petit hameau, zone où le naturisme redevient interdit... et le string (au minimum) obligatoire.

Autant dire que le "Cruchot" local (par référence au célèbre Gendarme de Saint-Tropez) a du boulot: Dominique Poey, 48 ans, seul et unique policier municipal de l'île, rhabille et déshabille les visiteurs depuis 22 ans. "Je n'ai jamais eu à verbaliser, c'est plutôt du rappel à l'ordre quotidien", précise le fonctionnaire. Lui-même est naturiste, mais pas pendant le service! Son sacerdoce énerve un peu les "puristes". Comme la figure locale: Berty Vaillant, habillé l'été d'une gitane maïs et d'une paire de Ray-Ban, l'hiver d'un pull et de chaussettes ("mais sans slip !"). Cet ancien pharmacien parisien a tout quitté pour ouvrir le "Bazar" de l'île, où il officie en costume de Cro-Magnon. En contradiction avec le sempiternel arrêté municipal interdisant aux commerçants de servir leur clientèle en tenue d'Adam. "Mais 99% des touristes qui viennent ici paient pour être à poil, alors soyons à poil", explique le rebelle.

Le débat est sans fin. Ce dimanche, les 220 propriétaires du site - qui est entièrement privé, le reste de l'île étant une zone militaire interdite - devaient justement tenir leur assemblée générale pour discuter d'une éventuelle ouverture des rues du hameau aux culs-nus. Un épiphénomène sur une île où l'essentiel, pour une immense majorité des habitants, est de préserver "l'esprit" du naturisme: "Etre nu, c'est un fil conducteur, ce qui compte c'est le respect, la tolérance", énonce doctement Michel Poulet, vêtu uniquement de baskets noires, auprès de son épouse Framboise, tous deux fraîchement retraités de l'Education nationale.

Banalisation des seins nus

Tolérance envers les "textiles", certes, mais surtout respect de la nature, du silence, du paysage. Dans l'esprit des deux médecins fondateurs de Héliopolis ("la cité du soleil", nom officiel du site), s'exposer nu était une manière de se régénérer au contact des trois éléments: "Sentir l'eau sur son corps, toucher les plantes, chauffer au soleil..., c'est cela notre naturisme", résume Suzanne Zeiler, 81 ans. Cette doyenne de l'île est arrivée dans les années 1950, "où il n'était pas facile pour une femme de se mettre nue", rappelle-t-elle.

Ce rapport un peu particulier à soi est la principale découverte des nouveaux initiés au Levant. "Quand on marche nue, on doit faire attention à soi, on est face à soi-même, on se retrouve, et on accepte mieux les autres", explique Catherine, touriste belge nouvellement convertie. Ici, beaucoup d'interdits étonnent: pas d'éclairage public la nuit, pas de cigarettes dans les rues, pas de musique forte le soir, etc. Le corps ne doit pas simplement se régénérer, il doit s'apaiser. "Tous mes clients me demandent ce qu'il y a à faire ici, mais ce que nous vendons, c'est justement ne rien faire", rigole Frets Verhees, un hôtelier hollandais ayant connu l'île à 5 ans, et qui jure que "si vous restez une semaine ici, vous finirez par vous mettre à poil". Sa femme, d'origine Corse, a tout de même mis trois mois.

En question, toutefois, l'avenir d'un site dont l'économie n'est plus aussi flamboyante qu'auparavant: banalisation des seins nus, concurrence des camps nudistes, des destinations lointaines... L'île ne fait plus le plein l'été. "Peut-être n'est-il plus possible de ne travailler qu'avec les naturistes", interroge Lucie Harnisch, hôtelière, par ailleurs maire-adjointe. "Le naturisme reste la locomotive de l'île", estime Jacques Ollive, président du Syndicat des propriétaires. "Les naturistes ont vieilli, moins de jeunes viennent", renchérit Sandrine, qui loue sa charmante bicoque avec vue imprenable sur l'île voisine de Port-Cros. Pointant la vie chère d'une île où tous les coûts sont démultipliés: transport, repas, etc. Mais à trop reculer sur le naturisme, les Levantins ne risquent-ils pas de perdre leur âme ? Sans culs-nus, les arbousiers resteront-ils aussi beaux sur le versant ouest du Levant ?
 
Le lien :
http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200730/la-verite-toute-nu...
 

15:03 Écrit par Nat dans NEWS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : naturisme, vacances, detente, france |  Facebook |

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